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Des sillons aux qubits : comment le calcul quantique photonique peut optimiser un plan de transport ferroviaire

La planification du transport ferroviaire figure parmi les problèmes d’optimisation les plus complexes du secteur de la mobilité. Dans une étude conjointe avec la SNCF et Sopra Steria, Quandela a exploré comment le calcul quantique photonique peut contribuer à concevoir des plans de transport plus efficaces. Cette étude de cas montre comment des approches hybrides quantique-classique peuvent déjà apporter de la valeur, et ce qu’il faudra pour les faire passer à l’échelle industrielle.

Introduction

Les opérateurs ferroviaires font aujourd’hui face à une équation délicate : une demande voyageurs en hausse, des contraintes opérationnelles fortes, des coûts énergétiques croissants et un environnement de plus en plus concurrentiel. Concevoir un plan de transport optimal — décider quels trains faire circuler, à quels horaires et avec quelles capacités — devient rapidement un problème combinatoire d’une extrême complexité.

Les outils d’optimisation classiques atteignent leurs limites dès que l’on cherche à raisonner à l’échelle de réseaux réalistes. C’est dans ce contexte que le calcul quantique apparaît comme une piste crédible, non pas pour remplacer les méthodes classiques, mais pour les compléter sur des problèmes fortement contraints.

C’est précisément l’objectif du partenariat entre le Groupe SNCF, Sopra Steria et Quandela : explorer, sur un cas d’usage concret, le potentiel du calcul quantique photonique appliqué à l’optimisation d’un plan de transport ferroviaire.

Le défi mobilité : optimiser un plan de transport ferroviaire

Le problème étudié consiste à sélectionner un ensemble de services commerciaux qui :

  • satisfont la demande voyageurs sur différents axes et créneaux horaires,
  • respectent les contraintes opérationnelles (disponibilité du matériel roulant, sillons, capacités),
  • maximisent la performance économique en arbitrant entre recettes et coûts d’exploitation.

D’un point de vue algorithmique, il s’agit d’un problème d’optimisation combinatoire de grande taille. Le nombre de configurations possibles croît de manière exponentielle avec le nombre de trains, de groupes de voyageurs et de contraintes, ce qui rend le passage à l’échelle particulièrement difficile pour les solveurs classiques.

Une approche hybride quantique-classique

Compte tenu de l’état actuel des technologies quantiques, le projet a volontairement adopté une approche réaliste et de court/moyen terme.

Plutôt que de s’appuyer sur des algorithmes quantiques tolérants aux fautes, l’équipe a mis en œuvre une stratégie hybride quantique-classique, combinant :

  • un algorithme quantique photonique variationnel (CVaR-VQE),
  • un optimiseur classique (COBYLA) chargé d’ajuster itérativement les paramètres du circuit.

Le problème métier a été formulé sous la forme d’un QUBO (Quadratic Unconstrained Binary Optimization), un formalisme bien connu pour représenter des problèmes d’optimisation combinatoire et particulièrement adapté au calcul quantique.

Cette formulation permet d’encoder à la fois la fonction objectif économique et les contraintes opérationnelles directement dans un Hamiltonien quantique, que l’algorithme cherche ensuite à minimiser.

Pourquoi le calcul quantique photonique ?

Le calcul quantique photonique présente plusieurs atouts clés pour les problématiques d’optimisation en mobilité :

  • une adéquation naturelle avec les algorithmes variationnels et d’échantillonnage,
  • des qubits de haute qualité encodés dans des photons uniques,
  • des perspectives de passage à l’échelle compatibles avec des problèmes d’optimisation de grande taille.

Les circuits quantiques ont été implémentés et simulés à l’aide du SDK photonique de Quandela, Perceval, au sein d’un flux de calcul hybride proche de celui qui sera utilisé sur des processeurs quantiques photoniques réels.

Résultats : des gains prometteurs sous hypothèses réalistes

Afin de rester conservatrice, l’étude s’appuie sur des données simplifiées mais représentatives de trafics TGV réels, en se concentrant sur certains axes et en regroupant la demande voyageurs pour maîtriser la taille du problème.

Dans ce cadre, les résultats sont encourageants :

  • les plans de transport obtenus permettent de couvrir l’intégralité de la demande voyageurs,
  • l’optimisation conduit à des améliorations de marge opérationnelle pouvant atteindre 11 % selon les cas étudiés,
  • l’approche hybride démontre sa capacité à naviguer efficacement dans des espaces de contraintes complexes.

Si les solveurs classiques restent aujourd’hui plus rapides en temps de calcul, cette étude montre que les algorithmes quantiques peuvent déjà produire des solutions de haute qualité, avec un potentiel de montée en puissance à mesure que les tailles de problème augmentent.

Enseignements et perspectives de passage à l’échelle

Cette étude de cas met en lumière plusieurs enseignements clés :

  • le calcul quantique n’est pas une solution « clé en main », mais un complément aux méthodes classiques au sein de chaînes de calcul hybrides,
  • la formulation du problème est déterminante : traduire fidèlement les contraintes métier dans un modèle compatible avec le quantique est un enjeu central,
  • les architectures photoniques sont particulièrement bien adaptées aux problèmes d’optimisation combinatoire rencontrés dans la mobilité.

Le passage à des cas opérationnels à l’échelle d’un réseau ferroviaire complet nécessitera encore des progrès en matériel quantique et en modélisation. Les estimations issues de l’étude suggèrent cependant que ces applications deviennent envisageables à moyen terme, avec des machines photoniques disposant de plusieurs milliers de qubits de haute qualité.

Conclusion

Ce travail mené conjointement par la SNCF, Sopra Steria et Quandela montre que le calcul quantique appliqué à la mobilité n’est plus un simple sujet prospectif. Dès aujourd’hui, des approches photoniques permettent d’explorer concrètement des problèmes d’optimisation complexes et d’en tirer des enseignements opérationnels.

Plutôt que d’attendre un hypothétique avantage quantique généralisé, cette étude illustre l’intérêt d’expérimenter dès maintenant sur des cas d’usage réalistes, afin de préparer l’intégration progressive du calcul quantique dans les outils industriels de demain.


Consultez le livre blanc complet et explorez le potentiel du calcul quantique pour la mobilité.


Références

  • Application du calcul quantique photonique pour l’optimisation d’un plan de transport ferroviaire, Livre blanc, Groupe SNCF, Sopra Steria, Quandela (2025)
  • Grégoire de Gliniasty et al., A spin-optical quantum computing architecture, Quantum (2024)

Latest from the blog

Can quantum computers help predict how materials break? We introduce a quantum algorithm for fracture mechanics that encodes elastic systems efficiently and retrieves local crack information with few measurements [1]. By combining variational methods with remeshing-inspired warm starts, we show how to scale beyond typical optimization limits.

Introduction

Imagine crack forming in a dam. At first, it’s barely visible. A microscopic defect in the material. But under stress, it begins to grow. Slowly at first, then faster, branching, propagating… until the dam breaks. Or not.

This is exactly what engineers need to predict: will the crack propagate?

In this work, we show how a quantum algorithm can tackle this problem.

Approach

We consider the equations of linear elastic fracture mechanics:

$$
\mathrm{grad}(\mathrm{div}\,\mathbf{u}) + (1 – 2\nu)\,\Delta \mathbf{u} = 0
$$

and reformulate the problem using its energetic formulation: the physical solution is the displacement field that minimizes the elastic energy.

This naturally leads to a variational quantum algorithm:

  • A parametrized quantum state encodes the displacement field,
  • Measurements estimate the elastic energy,
  • And a classical optimizer updates the parameters.

Results

A key challenge is efficient encoding. The displacement field lives on a very large mesh, and naive approaches would require too many qubits.

We address this by constructing an encoding where the full system is stored in quantum amplitudes and thus the number of qubits scales only polylogarithmically with the system size.  This enables us to represent large elastic systems compactly on a quantum processor. Finally, instead of reconstructing the full solution, we directly measure local physical quantities relevant to fracture, such as indicators of crack propagation, which can be extracted with a small number of measurements.

The variational formulation successfully recovers the physical solution through energy minimization.

However, a central challenge of variational algorithms is the presence of barren plateaus, where optimization becomes ineffective [2].

To address this, we introduce a quantum remeshing strategy inspired by classical methods:

  • solve the problem on a coarse mesh,
  • refine the mesh,
  • and warm start the new optimization using the previous solution.

By cascading this process, each optimization begins close to the solution, significantly improving convergence and avoiding the typical pitfalls of barren plateaus.

Why it matters

Fracture mechanics is a demanding test case: it involves large systems, evolving geometries, and highly localized effects. Our results show that quantum algorithms can: encode large physical systems efficiently, access only the information that matters and can avoid common difficulties on optimization.

This idea extends beyond fracture mechanics to many areas of scientific computing, where problems are multiscale, adaptive, and inherently dynamic.

In these settings, good quantum algorithms may be those that, unlike the physics they simulate, don’t start from scratch.

References

[1] Remond, U., Emeriau, P. E., Lysaght, L., Ruel, J., Mikael, J., & Kazymyrenko, K. (2025). Quantum remeshing and efficient encoding for fracture mechanics. arXiv preprint arXiv:2510.14746.

[2] Larocca, M., Thanasilp, S., Wang, S., Sharma, K., Biamonte, J., Coles, P. J., … & Cerezo, M. (2025). Barren plateaus in variational quantum computing. Nature Reviews Physics7(4), 174-189.